Les travailleurs les plus exposés au radon ne sont pas les mineurs

Flat abstract illustration of a round meeting table seen from above with evenly spaced seats.

Quand on imagine un travailleur exposé au radon au Canada, on pense à un mineur. Les données évaluées par les pairs disent autre chose.

Les professions comptant le plus grand nombre de travailleurs exposés au radon au Canada sont celles d'adjoint administratif, d'employé de soutien de bureau, de réceptionniste et d'enseignant au primaire et à la maternelle.

L'essentiel : Une étude publiée en 2022 dans Scientific Reports estime que 603 000 travailleurs canadiens sont exposés au radon au-dessus de 100 Bq/m³ — environ 3,3 % de la population active. Les deux tiers d'entre eux se situent entre 100 et 200 Bq/m³, sous le niveau d'intervention canadien. La nouvelle limite fédérale, en vigueur le 30 janvier 2027, vise les milieux de travail de compétence fédérale — environ 8 % de la population active — alors que les secteurs les plus exposés relèvent en grande partie de la compétence provinciale.

Ce que la recherche a établi

L'étude s'intitule Characterizing occupational radon exposure greater than 100 Bq/m³ in a highly exposed country, publiée dans Scientific Reports en décembre 2022 par des chercheurs de CAREX Canada, de l'Université de Calgary, du Occupational Cancer Research Centre et de BC Cancer.

C'est la première évaluation systématique de l'exposition au radon dans l'ensemble de la population active canadienne, et non seulement chez les travailleurs de l'uranium et des mines souterraines. Les concentrations de radon provenant de deux enquêtes canadiennes en milieu de travail ont été modélisées puis appliquées à la population de travailleurs intérieurs par profession, industrie, province et sexe, à partir des données de 2016 sur la population active.

Il s'agit d'estimations modélisées, non d'un recensement de mesures. C'est une limite réelle, et les auteurs le disent eux-mêmes : ils réclament des enquêtes sur le radon dans un plus grand nombre d'industries et de professions afin de mieux caractériser l'exposition professionnelle. Cela demeure la meilleure estimation nationale disponible.

Sur les 18 268 120 travailleurs du Canada, on estime que 603 000 sont exposés au radon au-dessus de 100 Bq/m³.

Niveau d'expositionPart des travailleurs exposésNombre approximatif
100 à 200 Bq/m³68 %413 000
200 à 400 Bq/m³23 %~139 000
400 à 800 Bq/m³5,8 %~35 000
Plus de 800 Bq/m³2,8 %~17 000

Une distinction importante, et elle joue contre le titre. Le chiffre de 603 000 correspond à une exposition supérieure à 100 Bq/m³ — le niveau de référence de l'Organisation mondiale de la Santé, et non celui du Canada. Le niveau d'intervention canadien est de 200 Bq/m³. Environ le tiers des 603 000 — quelque 190 000 travailleurs — dépassent la ligne directrice canadienne. Les deux autres tiers se trouvent dans une plage où Santé Canada ne recommande aucune intervention.

C'est la lecture honnête, et c'est aussi là que l'histoire devient plus intéressante, non moins.

Où se situe réellement l'exposition

Les industries comptant le plus grand nombre de travailleurs exposés sont les services d'enseignement; les services professionnels, scientifiques et techniques; les soins de santé et l'assistance sociale; et l'administration publique.

L'extraction minière, l'exploitation en carrière et l'extraction de pétrole et de gaz se comportent différemment. Ce secteur compte relativement peu de travailleurs exposés au total, mais la plus forte proportion à l'extrémité supérieure : 43,6 % de ses travailleurs exposés dépassent 800 Bq/m³, contre 1,5 % dans les services d'enseignement.

Il y a donc deux tableaux distincts. Un petit nombre de travailleurs exposés à de très fortes concentrations dans l'extraction des ressources — déjà encadrés par les Lignes directrices sur les matières radioactives naturelles et, pour l'uranium, par la Commission canadienne de sûreté nucléaire. Et un nombre bien plus grand de travailleurs de bureau, d'école et de soins de santé exposés à des concentrations modérées, dont la plupart n'ont jamais été considérés comme une population exposée au radon.

Un résultat presque passé inaperçu

L'étude estime que 52 % des travailleurs exposés sont des femmes, alors qu'elles représentent 48 % de la population active.

L'étude présente cet écart comme un constat; elle n'en établit pas la cause, et nous n'allons pas en inventer une. Ce qu'on peut dire est plus étroit et mérite tout de même d'être dit : l'exposition au radon au Canada n'est pas répartie uniformément dans la population active, et toute réponse en santé au travail fondée sur l'idée que la population exposée ressemble à un effectif minier passera à côté de la plupart des personnes concernées.

Ce que vise la nouvelle limite fédérale

Le 30 janvier 2027, le DORS/2026-10 abaisse la limite d'exposition au radon des milieux de travail de compétence fédérale de 800 à 200 Bq/m³ en moyenne annuelle. Une limite fédérale existe depuis des années — ce qui change, c'est le chiffre, divisé par quatre.

Sa portée est définie par la compétence, non par l'exposition. Le Résumé de l'étude d'impact de la réglementation accompagnant le règlement indique que la partie II du Code canadien du travail « s'applique à tous les lieux de travail de compétence fédérale, qui emploient environ 1,3 million de personnes, soit environ 8 % de la population active canadienne ».

Ces milieux de travail sont le transport aérien, ferroviaire, routier et maritime; les pipelines; les banques; les télécommunications et la radiodiffusion; les services postaux et de messagerie; les silos à grains et les minoteries; l'extraction de l'uranium; les sociétés d'État; les conseils de bande des Premières Nations; le Parlement; et l'administration publique fédérale.

Comparez cette liste aux industries que la recherche identifie comme les plus exposées. Les services d'enseignement, les soins de santé et l'assistance sociale, ainsi que les services professionnels, scientifiques et techniques relèvent très majoritairement de la compétence provinciale. L'administration publique est partagée : la fonction publique fédérale est visée, les administrations provinciales et municipales ne le sont pas.

Nous ne chiffrons pas ce recoupement, et la recherche ne le fait pas non plus; l'exposition n'est pas répartie uniformément entre les compétences et tout chiffre serait inventé. Mais le constat qualitatif ne fait pas débat : les secteurs où se trouvent le plus de travailleurs canadiens exposés au radon se situent en grande partie hors de portée de la nouvelle limite fédérale.

Ce n'est pas une critique du règlement. La compétence fédérale est ce sur quoi le gouvernement fédéral peut légiférer, et abaisser la limite de 800 à 200 dans ce champ constitue une protection réelle pour 1,3 million de personnes. C'est une observation sur l'écart entre le champ d'application d'une règle et la localisation d'une exposition — et sur qui doit agir sans qu'une règle le lui impose.

La plage de 100 à 200 n'est pas un détail

Les deux tiers des travailleurs canadiens exposés — quelque 413 000 personnes — se situent entre 100 et 200 Bq/m³. Sous le niveau d'intervention canadien. Au-dessus du niveau de référence de l'OMS.

Trois éléments rendent cette plage plus importante qu'il n'y paraît.

Aucun seuil sous lequel le radon serait inoffensif. Le risque est fonction de la concentration multipliée par la durée et décroît continûment à mesure que la concentration baisse; il ne s'éteint à aucun chiffre en particulier. Santé Canada indique qu'une atténuation mérite d'être envisagée lorsque les résultats approchent la ligne directrice.

Une seconde étude canadienne va dans le même sens. Des travaux publiés dans les International Archives of Occupational and Environmental Health ont estimé le fardeau du cancer du poumon attribuable à l'exposition professionnelle au radon au Canada et conclu que le fardeau le plus lourd se situe chez les travailleurs exposés à de faibles niveaux — simplement parce qu'ils sont beaucoup plus nombreux. Un petit risque réparti sur une grande population produit plus de cas qu'un risque élevé sur une petite.

Par souci d'équité envers cette étude, son constat principal est que le fardeau global est faible : environ 0,8 % des cancers du poumon au Canada, soit à peu près 188 cas en 2011, attribuables à l'exposition professionnelle au radon. Nous n'annonçons pas une épidémie cachée. Le point est plus étroit, et il vient des auteurs eux-mêmes : à l'intérieur de ce fardeau, l'essentiel se trouve chez les travailleurs faiblement exposés, non chez le petit nombre très fortement exposé.

Et le règlement fédéral lui-même dirige l'attention vers cette plage. L'alinéa 10.4(2)h) du Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail énumère, parmi les critères qu'une personne qualifiée doit prendre en considération lors d'une enquête, le fait de savoir si les niveaux de rayonnement risquent de dépasser 50 pour cent des limites applicables. Une fois la limite fixée à 200 Bq/m³, 50 pour cent représente 100 Bq/m³.

Ce n'est pas une seconde limite d'exposition et cela ne crée aucune obligation d'agir à 100 Bq/m³. Mais cela signifie que le règlement demande à une personne qualifiée de considérer exactement la plage où la recherche situe les deux tiers des travailleurs exposés du Canada. Les données empiriques et le critère réglementaire convergent vers le même chiffre, apparemment par coïncidence, et personne ne semble l'avoir relevé.

Ce que cela signifie si vous êtes un employeur de compétence provinciale

Aucune province ni territoire ne fixe de limite d'exposition au radon propre au milieu de travail. Cela ne veut pas dire que rien ne s'applique.

Toutes les juridictions canadiennes imposent à l'employeur une obligation générale de prendre les précautions voulues contre les risques reconnus. Le radon est un cancérogène du groupe 1, c'est la deuxième cause de cancer du poumon au Canada, et la ligne directrice de 200 Bq/m³ de Santé Canada vise tous les espaces intérieurs, milieux de travail compris. Un risque reconnu assorti d'une ligne directrice nationale publiée entre pleinement dans ce que vise une obligation générale.

Le déclencheur pratique est presque toujours une personne plutôt qu'un inspecteur : un travailleur pose la question, un comité de santé et de sécurité la soulève, un locataire s'informe. À partir de là, le risque est identifié et l'employeur le sait. Ce qu'il fait ensuite est toute la question — et l'inaction après l'identification est précisément ce que les obligations générales visent à sanctionner.

Pour un centre de services scolaire, un hôpital, une municipalité ou un cabinet de services professionnels, cette recherche est la réponse la plus claire à la question « pourquoi mesurerions-nous ? » Leur secteur y est nommé.

Questions fréquentes

Combien de travailleurs canadiens sont exposés au radon ?

On estime à 603 000 le nombre de travailleurs exposés au-dessus de 100 Bq/m³, soit environ 3,3 % de la population active, selon Brobbey et coll. (2022). Environ 190 000 d'entre eux dépassent le niveau d'intervention canadien de 200 Bq/m³.

Quels travailleurs sont les plus exposés ?

En nombre : les adjoints administratifs, les employés de soutien de bureau, les réceptionnistes et les enseignants du primaire et de la maternelle. Par industrie : les services d'enseignement; les services professionnels, scientifiques et techniques; les soins de santé et l'assistance sociale; et l'administration publique.

Les mineurs ne sont-ils pas les plus exposés ?

Les mineurs sont les plus exposés par niveau, non par nombre. 43,6 % des travailleurs exposés de l'extraction minière, des carrières et du pétrole et gaz dépassent 800 Bq/m³, contre 1,5 % dans les services d'enseignement. Mais beaucoup plus de gens travaillent dans des bureaux et des écoles.

La nouvelle limite fédérale vise-t-elle ces travailleurs ?

Seulement lorsque l'employeur relève de la compétence fédérale — environ 8 % de la population active. L'enseignement, les soins de santé et la plupart des services professionnels relèvent du provincial, où s'applique l'obligation générale plutôt qu'une limite chiffrée.

Une exposition de 100 à 200 Bq/m³ est-elle préoccupante ?

Santé Canada ne recommande aucune intervention sous 200 Bq/m³. Aucune concentration de radon n'est sans risque, et des travaux canadiens indiquent que la plus grande part du fardeau professionnel de cancer du poumon revient aux travailleurs faiblement exposés, simplement parce qu'ils sont bien plus nombreux. Santé Canada demeure l'autorité en matière de radon au Canada et son orientation fait référence.

Pour aller plus loin

Quelles règles s'appliquent à votre lieu de travail · Règles par province · Un résultat juste sous 200 Bq/m³ · Le dépistage en milieu commercial

RadonTest.ca assure la logistique du dépistage et la soumission des échantillons au laboratoire. Nous n'effectuons pas de travaux d'atténuation et nous n'interprétons pas le risque pour la santé — Santé Canada demeure l'autorité en matière de radon au Canada. Cette page résume des travaux publiés et de l'information réglementaire publique; elle ne constitue pas un avis juridique ni un avis de santé. La recherche décrite ici a été menée indépendamment de RadonTest.ca et ses auteurs n'ont aucun lien avec cette entreprise.

Sources

Brobbey A, Rydz E, Fenton S, Demers PA, Ge CB, Peters CE. « Characterizing occupational radon exposure greater than 100 Bq/m³ in a highly exposed country ». Scientific Reports 2022;12:21323. doi:10.1038/s41598-022-25547-x. Libre accès.

Ge CB, Kim J, Labrèche F, Song C, Heer E, Arrandale VH, Pahwa M, Peters CE, Demers PA. « Estimating the burden of lung cancer in Canada attributed to occupational radon exposure using a novel exposure assessment method ». International Archives of Occupational and Environmental Health 2020;93:871–876.

Gazette du Canada, Partie II, vol. 160, n° 3 — DORS/2026-10 et son Résumé de l'étude d'impact de la réglementation; Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail (DORS/86-304), art. 10.4, 10.26; Santé Canada, Lignes directrices sur le radon; CAREX Canada; Centre international de recherche sur le cancer, monographie vol. 100D.

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