Au Québec, la question revient constamment : quelle est la « norme » pour le radon ? La réponse honnête est qu'il n'existe pas de norme québécoise fixant un chiffre. Ce qui existe, ce sont trois choses distinctes que l'on confond souvent : une ligne directrice canadienne de 200 Bq/m³, une obligation générale imposée à l'employeur par le régime de la CNESST, et une limite fédérale contraignante qui entre en vigueur le 30 janvier 2027 pour les milieux de travail de compétence fédérale.
L'essentiel : 200 Bq/m³ en moyenne annuelle est la ligne directrice de Santé Canada. Elle s'applique à toutes les habitations et à tous les espaces intérieurs au Canada, y compris au Québec. Ce n'est pas une loi provinciale. Ni la LSST ni le RSST ne fixent de concentration maximale de radon. À compter du 30 janvier 2027, une limite légale de 200 Bq/m³ s'applique aux milieux de travail de compétence fédérale situés au Québec.
1. La ligne directrice canadienne : 200 Bq/m³
Santé Canada, en collaboration avec le Comité fédéral-provincial-territorial sur la radioprotection, a fixé la ligne directrice canadienne sur le radon à 200 becquerels par mètre cube (Bq/m³), en moyenne annuelle, dans les aires normalement occupées d'un bâtiment. Elle a été adoptée par le gouvernement du Canada en 2007, en remplacement d'un seuil antérieur de 800 Bq/m³.
Trois précisions qui comptent :
- C'est une ligne directrice, pas une loi. Elle n'est pas exécutoire en soi, mais elle est la référence utilisée par tous les organismes de réglementation, les inspecteurs et les experts au pays.
- Elle vise la moyenne annuelle, pas une lecture ponctuelle. Les concentrations varient d'heure en heure et de saison en saison.
- Il n'existe aucun seuil sans risque. Selon Santé Canada, 200 Bq/m³ est le niveau à partir duquel une intervention est recommandée, et non un seuil de sécurité.
Le délai d'intervention dépend du type de bâtiment. Pour les habitations, l'orientation actuelle de Santé Canada est d'entreprendre des mesures correctives dans l'année suivant un résultat supérieur à 200 Bq/m³ — plus la concentration est élevée, plus l'intervention devrait être rapide. Pour les édifices publics et les milieux de travail, le Guide sur les mesures du radon dans les édifices publics fixe un délai à deux paliers à son tableau 3 : moins d'un an au-delà de 600 Bq/m³, et moins de deux ans entre 200 et 600 Bq/m³. Ce sont deux régimes distincts, et celui qui s'applique dépend du bâtiment que vous mesurez.
2. Au travail : le régime de la CNESST
C'est le point que la plupart des gens comprennent mal. Ni la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST) ni le Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST) ne fixent de concentration maximale de radon pour les milieux de travail de compétence provinciale. On peut chercher un « chiffre radon » dans le RSST : il n'y en a pas.
Cela ne libère pas l'employeur. Au Québec, l'employeur est tenu de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé de ses travailleurs, et d'identifier et corriger les risques présents dans son établissement dans le cadre de son programme de prévention. Le radon — cancérogène du groupe 1 selon le CIRC, première cause de cancer du poumon chez les personnes n'ayant jamais fumé — est un risque reconnu. La référence utilisée en pratique demeure les 200 Bq/m³ de Santé Canada.
Détail complet : obligations de l'employeur québécois (CNESST).
3. La nouvelle limite fédérale : 200 Bq/m³ au 30 janvier 2027
Le règlement DORS/2026-10, publié dans la Gazette du Canada le 11 février 2026, abaisse la limite d'exposition au radon de 800 à 200 Bq/m³ en moyenne annuelle pour les milieux de travail de compétence fédérale. Il entre en vigueur le 30 janvier 2027.
Contrairement à la ligne directrice de Santé Canada, il s'agit d'une limite légale contraignante. Elle vise les employeurs de compétence fédérale — banques à charte, télécommunications et radiodiffusion, transport interprovincial, services postaux et messagerie, pipelines, sociétés d'État, conseils de bande des Premières Nations, administration publique fédérale — y compris leurs établissements situés au Québec.
Un employeur québécois de compétence provinciale n'est pas visé par cette limite. Un employeur québécois de compétence fédérale l'est intégralement. Détail : la nouvelle limite fédérale expliquée.
3.1 Orientation ou obligation : la distinction qui compte
Santé Canada recommande le dépistage et l'action. Le règlement fédéral, lui, exige : l'employeur « doit veiller à » ce qu'aucun employé ne soit exposé au-delà de 200 Bq/m³. C'est la différence entre une orientation et une obligation légale.
Pour un employeur québécois de compétence provinciale, l'obligation ne vient donc pas de la ligne directrice elle-même, mais du devoir général de protéger la santé des travailleurs. La ligne directrice fournit le chiffre à l'aune duquel le caractère raisonnable des mesures prises sera apprécié — et le fait que le gouvernement fédéral ait maintenant inscrit 200 Bq/m³ dans sa propre réglementation rend plus difficile de soutenir qu'un autre chiffre serait raisonnable.
4. Ce qui n'existe pas au Québec
Pour être clair, parce que ces affirmations circulent :
- Aucune norme québécoise chiffrée pour le radon dans les habitations ou les milieux de travail de compétence provinciale.
- Aucune obligation de dépistage imposée aux propriétaires, aux locateurs, aux écoles ou aux garderies du Québec.
- Aucune obligation de divulgation spécifique au radon lors d'une transaction immobilière résidentielle au Québec, bien que les règles générales sur les vices cachés et les faits importants puissent s'appliquer selon les circonstances.
Deux territoires canadiens font exception en matière de services de garde : la région de l'Interior Health en Colombie-Britannique a ordonné le dépistage en 2017, et le Yukon a annoncé en 2017 une exigence de permis à mise en œuvre progressive. Le Québec n'a pas d'équivalent.
5. Comment mesurer selon la méthode reconnue
La ligne directrice porte sur une moyenne annuelle. La méthode reconnue par Santé Canada pour l'établir est une mesure de longue durée d'au moins trois mois, pendant la saison de chauffage, à l'aide d'un dispositif homologué PNCR-C analysé par un laboratoire accrédité. Les mesures de courte durée ne sont pas acceptables pour déterminer la nécessité d'une correction.
Dans une habitation : un détecteur au niveau le plus bas où l'on passe quatre heures ou plus par jour. Dans un édifice public ou un milieu de travail, le protocole est différent : un détecteur dans chaque pièce occupée en contact avec le sol, un par tranche de 200 m² dans les grandes pièces, plus des mesures de contrôle de la qualité.
6. Où en est le Québec
Les concentrations de radon varient fortement d'une région à l'autre selon la géologie. Plusieurs régions du Québec présentent un potentiel radon élevé, et des relevés régionaux existent — mais les données régionales indiquent une probabilité, pas un résultat. Deux maisons voisines peuvent afficher des concentrations très différentes.
Vous pouvez consulter les résultats mesurés pour votre secteur sur notre carte du radon au Canada. La seule façon de connaître la concentration d'un bâtiment précis reste de le mesurer.
Questions fréquentes
Quelle est la norme radon au Québec ?
Il n'existe pas de norme québécoise chiffrée. La référence est la ligne directrice canadienne de Santé Canada : 200 Bq/m³ en moyenne annuelle. À compter du 30 janvier 2027, une limite légale de 200 Bq/m³ s'applique aux milieux de travail de compétence fédérale.
200 Bq/m³ est-il une limite légale au Québec ?
Pour les milieux de travail de compétence provinciale et pour les habitations : non, c'est une ligne directrice. Pour les milieux de travail de compétence fédérale : oui, à compter du 30 janvier 2027.
La CNESST fixe-t-elle une limite de radon ?
Non. Ni la LSST ni le RSST ne fixent de concentration maximale. L'employeur demeure tenu d'identifier et de corriger les risques présents dans son établissement.
Les garderies et écoles du Québec doivent-elles mesurer le radon ?
Aucune obligation réglementaire ne s'applique au Québec. Les écoles et services de garde exploités par un conseil de bande relèvent toutefois de la compétence fédérale. Voir notre FAQ radon au travail et en garderie.
Quel dispositif utiliser ?
Un dispositif de longue durée homologué PNCR-C, analysé par un laboratoire accrédité, déployé au moins trois mois pendant la saison de chauffage.
Construction neuve au Québec : le Code de construction et le radon · la garantie GCR.
Pour aller plus loin
La limite fédérale de 2027 (DORS/2026-10) · FAQ radon au travail et en garderie · Obligations de l'employeur québécois · Carte du radon au Canada
RadonTest.ca assure la logistique du dépistage et la soumission des échantillons au laboratoire. Nous n'effectuons pas de travaux d'atténuation et nous n'interprétons pas le risque pour la santé — Santé Canada demeure l'autorité en matière de radon au Canada. Cette page présente de l'information réglementaire publique et ne constitue pas un avis juridique.
Sources
Santé Canada, Lignes directrices sur le radon; Santé Canada, Guide sur les mesures du radon dans les édifices publics; Santé Canada, Guide pour la mesure du radon dans les maisons; Gazette du Canada, Partie II, vol. 160, n° 3 (DORS/2026-10); Loi sur la santé et la sécurité du travail (RLRQ c. S-2.1) et Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RLRQ c. S-2.1, r. 13); CNESST.