Le radon dans votre maison : le guide complet

Flat-vector cutaway of a house with radon gas rising from the foundation into the lower level, with a radon detector inside — radon in your home

Toutes les maisons du Québec et du Canada ont un peu de radon. Toutes. La question n'est jamais « est-ce qu'il y en a chez moi ? » — c'est « combien ? ». Et cette question-là, aucune carte, aucun voisin, aucune année de construction ne peut y répondre à votre place. Deux maisons jumelles, même rue, même sol, même entrepreneur : l'une à 40 Bq/m³, l'autre à 400. C'est documenté partout au pays.

Ce guide couvre ce qu'un propriétaire a réellement besoin de savoir : d'où vient le radon dans une maison, ce qui le fait monter, quel taux est acceptable, comment mesurer correctement — et quoi faire si le chiffre est haut.

C'est quoi, le radon, en deux paragraphes

Le radon est un gaz radioactif d'origine naturelle. Il vient de la désintégration de l'uranium présent dans le sol — partout, pas seulement « dans certaines régions ». Il est invisible, inodore et sans goût : votre nez ne le détectera jamais, ni votre détecteur de fumée.

Dehors, il se dilue et ne pose aucun problème. Le problème, c'est quand il s'accumule dans un espace fermé — votre maison, surtout de l'automne au printemps, fenêtres fermées et chauffage en marche. À long terme, respirer trop de radon endommage les poumons : c'est la première cause de cancer du poumon chez les non-fumeurs au Canada, et environ 1 000 décès par année au Québec selon la santé publique. On ne dit pas ça pour faire peur ; on le dit parce que c'est mesurable et corrigeable — ce qui en fait, franchement, un des rares risques de santé qu'on peut régler avec une facture raisonnable.

Comment le radon entre dans une maison

Votre maison aspire littéralement l'air du sol. En hiver, l'air chaud monte et s'échappe par le haut ; la maison compense en tirant de l'air par le bas — c'est l'effet de cheminée. Cet air-là passe par tout ce qui touche le sol :

  • les fissures de la dalle et des murs de fondation ;
  • le puisard (sump) et les drains de plancher ;
  • les joints entre la dalle et les murs ;
  • les passages de tuyauterie et de câbles ;
  • un vide sanitaire en terre battue, s'il y en a un.

C'est pour ça que le sous-sol affiche presque toujours les concentrations les plus élevées — et c'est pour ça qu'on teste au niveau le plus bas où vous passez du temps. Sous-sol aménagé avec bureau, salle de jeux ou chambre d'ado : c'est là que ça se mesure. Voyez où placer votre dosimètre, exactement.

Et les maisons neuves ? Souvent pires, pas meilleures : plus étanches, elles gardent l'air — et le radon — à l'intérieur. « Maison neuve » n'est pas un laissez-passer ; le Code de construction du Québec impose d'ailleurs des mesures de préparation au radon justement parce que le problème est réel dans le neuf.

Quel taux est acceptable ?

La ligne directrice canadienne est 200 Bq/m³ (becquerels par mètre cube), en moyenne annuelle, dans l'aire habitée la plus basse. C'est un seuil d'action, pas une frontière nette entre un taux acceptable et un taux à risque : le risque augmente graduellement avec la concentration et la durée d'exposition.

Votre résultat (mesure de longue durée) Recommandation de Santé Canada
Moins de 200 Bq/m³ Aucun correctif requis. Retester après des rénovations majeures, ou aux ~5 ans.
200 à 600 Bq/m³ Corriger la maison d'ici 2 ans.
Plus de 600 Bq/m³ Corriger la maison d'ici 1 an.

Moyenne dans les sous-sols québécois : autour de 35 Bq/m³. Mais des maisons au-dessus de 200 se trouvent dans toutes les régions — Outaouais, Capitale-Nationale, Estrie, Montérégie, et oui, Montréal. Voyez notre guide Radon au Québec : régions et données.

Comment tester sa maison (la bonne méthode)

Il y a une seule méthode alignée sur la ligne directrice : la mesure de longue durée, 91 jours minimum, idéalement pendant la saison de chauffage (octobre à avril).

Concrètement :

  1. Placez un dosimètre (le petit détecteur passif, sans pile) au niveau habité le plus bas, entre 0,8 et 2 m du sol, loin des courants d'air et de l'humidité.
  2. Oubliez-le trois mois. C'est le seul test de santé qui vous demande de ne rien faire.
  3. Retournez-le au laboratoirenotre trousse est analysée par un laboratoire canadien certifié PNCR-C, retour prépayé inclus.
  4. Recevez votre résultat documenté : votre Certificat d'analyse, avec votre moyenne en Bq/m³ et ce qu'elle signifie.

Pourquoi pas un moniteur numérique à écran ? Un bon moniteur homologué a sa place — suivre les tendances, vérifier un système d'atténuation. Mais pour décider, la référence reste la mesure de longue durée analysée en laboratoire, indépendante et documentée. Et attention : des moniteurs non homologués, dont certains rappelés par Santé Canada, se vendent encore en ligne. Pour comprendre les étiquettes, lisez « Approuvé par Santé Canada » : ce que ça veut vraiment dire.

Un test gratuit est parfois possible — bibliothèques participantes, campagnes de santé publique. Si vous y avez accès et que vous êtes patient, c'est une vraie option ; l'important est de tester, point.

Résultat au-dessus de 200 : on fait quoi ?

D'abord : pas de panique, et pas de vente de maison. Le radon se corrige, bien et pour de bon.

La solution standard s'appelle la dépressurisation active du sol (le fameux « système d'atténuation du radon ») : un tuyau scellé dans la dalle, un ventilateur dédié, et le gaz du sol est évacué au-dessus du toit avant d'entrer chez vous. Installé par un professionnel certifié PNCR-C, ça réduit typiquement le radon de 80 à 90 % et plus, en une journée de travail. Au Québec, comptez généralement entre 2 000 $ et 3 500 $ selon la maison. Voyez le détail dans Coût de l'atténuation du radon : le détail complet.

Ensuite, on reteste (mesure de longue durée encore) pour confirmer que le système fait le travail — et c'est là que votre certificat avant/après devient la preuve noire sur blanc, utile aussi le jour où vous vendez. Suivez le plan d'action étape par étape au-dessus de 200 Bq/m³.

Les questions que tout le monde pose

Ma maison est neuve, suis-je correct ?

Non testé = pas de réponse. Les maisons neuves, plus étanches, retiennent davantage le radon. Le Code impose une préparation (tuyau scellé sous la dalle) dans le neuf — préparation n'est pas atténuation : il faut mesurer.

Le radon donne-t-il des symptômes dans la maison ?

Non — aucune odeur, aucun mal de tête, rien à court terme. Les seuls « symptômes » sont à long terme et pulmonaires. C'est exactement pourquoi on mesure au lieu d'attendre des signes. Pour la réponse complète, voyez Symptômes de l'exposition au radon.

Mon voisin a testé 50 Bq/m³. Ça me rassure ?

Malheureusement non. Le radon varie d'une maison à l'autre sur la même rue — fondation, fissures, drainage, ventilation : tout diffère. Le test du voisin renseigne sur la maison du voisin.

Un purificateur d'air ou ouvrir les fenêtres, ça marche ?

Les filtres HEPA ne retirent pas le radon (c'est un gaz). Ouvrir les fenêtres dilue temporairement — jusqu'à ce que vous les fermiez. La seule solution durable au-dessus de 200 Bq/m³ est l'atténuation à la source.

Locataire : je fais quoi ?

Testez pareil (le dosimètre se pose n'importe où) et parlez-en au propriétaire avec votre résultat documenté en main.

C'est quoi la différence entre Bq/m³ et pCi/L ?

Deux unités pour la même chose — le Canada utilise les Bq/m³, les États-Unis les pCi/L (1 pCi/L = 37 Bq/m³ ; la ligne directrice canadienne de 200 Bq/m³ ≈ 5,4 pCi/L).

Sources