Pour un parc de plus de quelques bâtiments, la première vraie question avant la limite fédérale du 30 janvier 2027 n'est pas « comment mesurer » mais « quels bâtiments en premier ».
Cette question a une portée réglementaire. Lorsque mesurer l'ensemble d'un parc non testé en une seule saison n'est pas réaliste, une approche progressive peut constituer une voie reconnue — mais elle n'est pas automatique et exige un plan documenté. Un inventaire classé par risque en est le premier élément.
L'essentiel : Classez selon cinq facteurs : potentiel radon régional, contact avec le sol et type de fondation, profil d'occupation, étages réellement occupés, âge et mode de construction. Les données canadiennes appuient les cinq, bien que l'essentiel provienne du résidentiel. Un classement ordonne le dépistage et démontre un raisonnement — il n'indique jamais qu'un bâtiment est sûr. Seule la mesure le fait.
Commencer par ce qu'un classement ne peut pas faire
L'Enquête pancanadienne de 2024 sur l'exposition au radon indique explicitement que ses résultats « ne devraient pas être utilisés pour déterminer le risque personnel lié au radon, ni pour décider s'il faut mesurer un logement en particulier », parce que les concentrations dépendent à la fois des caractéristiques du bâtiment et du comportement de ses occupants — et que la seule façon de connaître le niveau d'un bâtiment est de le mesurer.
La même logique vaut pour tout classement. Deux bâtiments voisins, du même âge et de même construction, affichent couramment des résultats très différents. Un rang faible est une décision d'ordonnancement, pas une conclusion. Tous les bâtiments visés sont mesurés; le classement détermine l'ordre.
Les cinq facteurs et leurs fondements
1. Le potentiel radon régional — le prédicteur le plus fort
Le radon provient de la désintégration de l'uranium dans le sol et la roche : la géologie domine. Les concentrations sont plus élevées là où l'uranium est plus abondant dans le substrat, et les gaz du sol constituent la principale source pour les bâtiments canadiens. Des travaux sur les prédicteurs géologiques ont établi que le type de socle rocheux compte : les logements sur socle carbonaté affichaient des concentrations intérieures supérieures d'environ 104 Bq/m³ en moyenne à celles des logements sur roche silicoclastique.
C'est aussi le seul facteur applicable à partir d'une simple liste d'adresses, sans visite. Pondérez-le le plus fortement. Consultez les résultats mesurés de votre région sur notre carte du radon au Canada.
2. Contact avec le sol et type de fondation
Le radon entre partout où le bâtiment rencontre le sol : fissures des murs de fondation et des dalles, joints de construction, passages de canalisations et de poteaux, drains, puisards, cavités murales. Plus la surface en contact est grande, plus les points d'entrée sont nombreux. L'enquête pancanadienne a établi que les concentrations sont significativement plus élevées dans les bâtiments avec sous-sol. Les dalles sur sol, les bâtiments sur vide sanitaire et les structures au-dessus de tunnels techniques ou de stationnements souterrains sont en contact direct.
3. Profil d'occupation
Le risque est fonction de la concentration multipliée par la durée. Un bâtiment occupé en continu accumule bien plus d'exposition à concentration égale qu'un bâtiment utilisé par intermittence. Ce facteur porte sur la conséquence plutôt que sur la probabilité. C'est la raison pour laquelle le guide de Santé Canada traite les hôpitaux, les établissements de soins et les centres de détention comme des habitations aux fins du dépistage.
4. Les étages réellement occupés
Les concentrations diminuent avec la hauteur, et les données canadiennes sont précises : une étude de maisons individuelles à Halifax et à Winnipeg a établi que les mesures prises à l'étage principal ou supérieur étaient associées à environ la moitié de la probabilité de dépasser la moyenne géométrique, par rapport aux mesures au sous-sol.
Pour un parc, cela joue dans les deux sens. Un immeuble de dix étages comptant deux pièces occupées en contact avec le sol peut se classer en dessous d'un bâtiment d'un seul niveau de même empreinte. À l'inverse, un bâtiment dont le personnel travaille dans un local d'archives en sous-sol remonte au classement.
5. Âge et construction — réel, mais pas dans le sens attendu
L'intuition veut que les bâtiments anciens, plus perméables, soient les pires. Les données indiquent l'inverse, et la précision s'impose ici.
À l'échelle internationale, l'âge du bâtiment est constamment identifié comme un facteur déterminant, compris comme un indicateur de l'étanchéité de la fondation et de la conception. Au Canada, une étude des tendances du radon intérieur autour d'un changement de code a établi que les maisons individuelles de Halifax construites après 2011 présentaient un rapport de cotes de 1,91 (IC à 95 % : 1,04–3,50) de dépasser la moyenne géométrique — près du double. À Winnipeg, la même analyse n'a relevé aucun changement significatif après 2011.
Les mécanismes proposés : étanchéité accrue réduisant le renouvellement d'air, dalles plus grandes entraînant un retrait du béton plus important et donc des jeux plus larges entre plancher et fondation, et profils plus élevés générant un effet de cheminée plus puissant. Utilisez ce facteur avec une pondération modérée et ne présumez pas qu'un bâtiment ancien présente un risque moindre.
Transformer les facteurs en classement
| Facteur | Pondération suggérée | Source de données |
|---|---|---|
| Potentiel radon régional | La plus forte | Résultats mesurés par région; géologie. Applicable depuis la liste d'adresses. |
| Contact avec le sol et fondation | Élevée | Dossiers du bâtiment ou visite |
| Pièces occupées en contact avec le sol et effectifs | Élevée | Plans d'étage — ce même décompte détermine le nombre de détecteurs |
| Profil d'occupation (heures, nuit) | Modérée | Exploitation |
| Âge et type de construction | Modérée | Dossiers du bâtiment |
Notez chaque facteur sur une échelle simple, multipliez par la pondération, additionnez et triez. Consignez les règles de notation avec le résultat : un classement dont la logique ne peut être reconstituée ne prouve rien.
Trois critères de départage
- Antécédents connus. Tout bâtiment ayant déjà présenté un résultat élevé, ou voisin d'un tel bâtiment, passe en tête quel que soit son score.
- Occupants vulnérables. Services de garde, établissements de soins, bâtiments dont les occupants sont présents en continu et ne peuvent partir.
- Changement depuis la dernière mesure. Rénovation, modification du CVCA, débit d'air modifié, ou changement d'usage des pièces en contact avec le sol.
À quoi sert réellement le classement
Ordonnancer. Avec une seule saison de chauffage et une fenêtre de déploiement allant du 1er octobre à la fin janvier, un grand parc ne peut être entièrement mesuré avant l'entrée en vigueur.
Démontrer le raisonnement. C'est ce qui compte pour le régulateur. Un programme progressif défendable comprend un inventaire classé par risque, un calendrier documenté avec un séquençage clair, un cadre montrant comment la conformité complète sera atteinte, des preuves de progression et un engagement formel consigné auprès du Programme du travail.
Questions fréquentes
Un classement peut-il servir à décider de ne pas mesurer un bâtiment ?
Non. Le classement détermine l'ordre, pas l'inclusion. Les travaux d'enquête de Santé Canada avertissent que les données régionales ne doivent pas servir à décider si un bâtiment précis doit être mesuré.
Quel est le facteur le plus utile ?
Le potentiel radon régional : c'est le prédicteur le plus fort et le seul applicable à une liste d'adresses entière sans visite.
Les bâtiments récents sont-ils moins à risque ?
Pas nécessairement, et possiblement l'inverse. Des travaux canadiens ont établi que les maisons construites après 2011 à Halifax étaient environ deux fois plus susceptibles de dépasser la moyenne géométrique, tandis que la même analyse ne relevait aucun changement significatif à Winnipeg.
Ces données valent-elles pour les bâtiments commerciaux ?
Les données publiées sont très majoritairement résidentielles. Les mécanismes physiques — entrée des gaz du sol, effet de cheminée, dilution avec la hauteur — valent pour tout bâtiment. Les amplitudes d'effet ne se transposent pas directement, raison de plus pour traiter le classement comme un ordonnancement et non une prédiction.
Pour aller plus loin
L'échéancier de conformité · Le dépistage en milieu commercial · Que doit contenir un dossier conforme · Carte du radon au Canada
RadonTest.ca assure la logistique du dépistage et la soumission des échantillons au laboratoire. Nous n'effectuons pas de travaux d'atténuation et nous n'interprétons pas le risque pour la santé — Santé Canada demeure l'autorité en matière de radon au Canada. Cette page présente de l'information réglementaire et scientifique publique et ne constitue pas un avis juridique.
Sources
Santé Canada, Guide sur les mesures du radon dans les édifices publics; « A Summary of Residential Radon Surveys and the Influence of Housing Characteristics on Indoor Radon Levels in Canada », Health Physics; « Indoor radon trends with building code change in two Canadian cities », Conseil national de recherches Canada; « Comprehensive survey of household radon gas levels and risk factors in southern Alberta », CMAJ Open; Enquête pancanadienne 2024 sur l'exposition au radon; Gazette du Canada, Partie II, vol. 160, n° 3 (DORS/2026-10).